Thierry Pécou et Georges Crumb

FESTIVAL FRANCO-ALLEMAND

17 novembre 2012


De la fascinante nature d’un compositeur méconnu

Serait-on revenu à une forme de théâtre musical à la Maurizio Kagel ? La pièce Manoa de Thierry Pécou, compositeur en résidence à l’Arsenal et dont plusieurs créations ont été jouées à Metz, pourrait bien s’en inspirer, qui révise, outre les expérimentations timbriques des années 70/80, avec ses flaterzunge et ses onomatopées buccales, le pittoresque tournoiement sur scène de la flûte basse et de la clarinette basse, auxquels les interprètes se sont livrés, pieds nus -comme les danseurs-, à une gestuelle imitative et assez puérile, le violoncelliste en chaussures, lui, étant rivé au sol. Une nouvelle piste pour Thierry Pécou ? Il était auparavant au piano de son Trio Le grain léger, où il ré-explorait ses coups de pinceau sonores, mais aussi son tachisme explosif, sans omettre sa flatteuse ambiguïté tonal/atonal, et ses furtives résonances cachées. Pianiste lui-même, Pécou eut une approche pour le moins ruisselante des Jeux d’eau de Ravel captant au vol la folie du liquide traversé par ses fléchettes et autres irisations de lumière. C’est ainsi que le Festival franco-allemand continue à faire ses Waves, traduisez ses vagues, ondoyantes autant que magnétisantes.

UNE ESPÈCE D’ÉCOLOGIE MUSICALE RAFFINÉE

Préalablement, on retrouvait le Stockhausen des bruitages, des longs silences, des glissandos imitatifs et des sonorités faunesques échappées de son Aus den sieben Tagen. Mais ce qui captiva plus encore l’auditoire, fut, in fine, la Vox balaenae du compositeur américain Georges Crumb (né en 1929), snobé au siècle dernier sous nos latitudes et qui réapparait peu à peu dans les programmes. S’inspirant vraisemblablement du Chant des baleines à bosses duquel avait été réalisée en mer une captation pour une discographique en vinyle, ses interprètes, avec masques noirs à la vénitienne, nous livrent en trio amplifié, une de ses partitions en cercle de portées concentriques absolument fascinantes. Œuvre onirique baignant dans une sorte d’écologie musicale raffinée, le soliloque à la flûte (gutturale, chantée et enchantée) nous délecte d’un thème arachnéen et de couleur orientalisante ; puis, un peu théâtralement, le piano péremptoire, se fait minimaliste au moment des broderies sur le cordier aux sonorités de gamelan balinais. Des effets de harpe lointaine préludent à une complainte de la baleine traduite par une mélodie très étirée au violoncelle qui joue sur les harmoniques aiguës avec ses glissandos suaves. Le voyage éthéré se poursuit avec ses effets d’échos suspendus, ses interludes accélérés et fugitifs. En émane douceur et paix intérieure. On baigne dans une espèce de catharsis. Las, on pouvait s’en douter, ces visions fictionnelles n’ont rien à voir avec les ébats sonores étouffés et graves de nos sympathiques mégaptères.

Georges MASSON