Une création de Pascal Dusapin

FESTIVAL FRANCO-ALLEMAND

18 novembre 2012

 

Une création de Pascal Dusapin : entre monodrame et cycle de Lieder

La confirmation d’un désir d’immersion en soi et cette démarche d’anachorète, ami du silence et du questionnement qui habitent le compositeur Pascal Dusapin s’est révélée au travers d’une œuvre lyrique atypique, O Mensch !, donnée en clôture du festival franco-allemand de l’Arsenal. On en avait annoncé la création, mais, en fait, ses premières mondiales remontent à novembre 2011, au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris, avant les représentations de Reims, Rouen et Orléans. N’ayant plus rien à voir avec les opéras dramatiques du musicien, la version messine de O Mensch ! était plus dépouillée et quasi-ascétique par rapport à celles de la création, et elle se déroulait dans un décor de fond sombre et fuligineux avec, en coin, une statue de penseur oriental, le dispositif acoustique intervenant a minima, une faible lumière éclairant le plateau, la mise en scène de l’auteur étant elle-même volontairement minimaliste. Sur ses 27 séquences composées sur des textes de Nietsche, le titre de la 4e, Der Wanderer rappelait celui du célèbre Lied de Schubert, si bien que, ne pouvant aucunement qualifier l’ouvrage d’opéra de chambre, on le situera de préférence dans le monodrame, et, mieux encore, dans le cycle de Lieder, puisque son argumentaire était concentré sur l’homme, l’être humain, dans toute sa complexité, ses contradictions, ses affects, rappelant les thématiques schubertiennes, bien que différentes. Les aphorismes nietzschéens traduits en français, apparurent en sur titrage, tel celui qui reviendra par trois fois « Pour un tel orgueil, cette terre n’est-elle pas trop petite ? », l’œuvre étant, d’évidence, chantée dans la langue de Goethe, synthétisant en quelque sorte les états d’être parsemant les textes.

C’est donc dans une atmosphère voilée au climat ténébreux où les silences parlent autant que les poèmes chantés du philosophe, que la voix du baryton allemand Georg Nigl se dessine sobrement, ouatée, lisse et pure, son timbre racé s’émancipant jusqu’à l’éclat d’un arc tendu vers le registre du ténor, avec des accents dramatiques, ironiques, impérieux, équivoques, et de légers passages en sprechgesang. Le chanteur n’avait pas la posture du personnage costumé de théâtre déambulant sur scène que l’on pouvait attendre, mais, s’exprimant selon une gestuelle de comédien, il évolua entre position debout puis assise devant le pupitre de sa partition. Si bien que la configuration du spectacle rappelait volontiers celle d’une séance de récital. La partition elle-même est très sobre, concentrique, s’inspirant par endroit d’une modalité, d’un expressionnisme et de vagues traces du style schönbergien. La partie de piano de Vanessa Wagner, se présentait, de même, dans toute sa sobriété, voire un certain dépouillement, avec ses accords en résonances et parfois interrogateurs. Une interprétation on ne pouvait plus rigoureuse et fidèle au texte. La nuit et la mort rodent…Ce soliloque chanté à la spartiate (1heure10) interpellait, certes, mais sembla un peu long à certains spectateurs

Georges MASSON