voix sacrées 01 09 10

FESTIVAL DES VOIX SACREES A METZ :

DE LA DIVERSITE DES POLYPHONIES DU POURTOUR MEDITERRANEEN

Disposé en arc de cercle sur la grande scène de L’Arsenal, le Chœur de chambre « Les Eléments » a souvent été considéré comme le vaisseau amiral de Joël Suhubiette qui tient aussi le gouvernail d’ « Archipels » et de l’ « Ensemble de solistes Jacques Moderne », lequel avait déjà navigué sur le plateau du Palais Bofill. Cet appareil vocal de haut niveau et à géométrie variable (ils étaient 18 voix mixtes a capella mais ils peuvent monter jusqu’à 40), ouvrait la 8e édition du Festival des Voix Sacrées, dans un saisissant programme d’œuvres religieuses du pourtour méditerranéen à travers les siècles, avec cette riche particularité d’être chanté dans ses quatre langues, l’hébreu, le latin, l’araméen et le grec ancien. A l’évidence, une soirée irremplaçable.

De l’Italien Salomon Rossi, le pénétrant Barekhu (en hébreux) précédait son « Kaddish » (en araméen) et l’on fut frappé par le soin porté à la vocalisation franche de voyelles sonores, larges, carrées et bien appuyées. Un tout différent niveau de spiritualité habitait ensuite le Crucifixus à 8 voix du Vénitien Antonio Lotti, au piétisme plus affirmé, et qui se présentait comme une sorte d’adoration mystique avec ses harmonies horizontales et tendues, recélant d’étonnantes modulations et autres dissonances, si rares parmi les œuvres du XVIIe siècle.

On les sauta, les siècles, avec le Tre Cori Sacri du Romain Goffredo Petrassi (mort en 2003), aux intonations délicates, parfois métallisantes, mais tout en intériorité, dont on retiendra la maîtrise d’écriture du continuum sonore et que les chanteurs restituèrent à merveille. Plus surprenants par leur facture plus contemporaine, les Trois fragments des Bacchantes (Euripide) de l’Athénien Alexandros Markeas (2009), attiré, dit-il, par « a folie comme expression du sacré et de l’humain » et qui s’est traduit au travers d’une partition à la fois étrange, incantatoire, hallucinante et énigmatique avec ses courbes et ses glissandos vocaux, ses cris explosifs, et s’éteignant en murmures minimalistes. On recula de six siècles avec un extrait de l’admirable Llibre Vermell de Montserrat , chanté par le chœur éclaté en six points de scène, entrecroisant ses sources ondulatoires et donnant cette pure impression de spatialisation. Par contraste, le chœur déploya dans l’ O vos omnes du Romain Luis de Victoria, ses grandes polyphonies de cathédrale avec ses majestueuses enluminures sonores dans profond esprit liturgique tout empreint de sérénité orante.

Ce fut alors l’abyssal Gesualdo dont les « a capellistes » traduisirent les Répons des Ténèbres avec ses audaces d’écriture, ses sonorités pleines, similaires à de puissants traits sortis de tuyaux d’orgue. Le chœur leur conféra toute sa dimension dramatique par le biais de ses accents térébrants et son expression douloureuse. Enfin le Lama sabaqtani du Libanais Zad Moultaka, (2009), marquait son tempo de lamentation et de répétitivité, allant aux graves profonds et donnant au final, ce sentiment d’aspiration céleste.

Georges MASSON