voix sacrées 02 09 10

VOIX SACRÉES : UN BAROQUISME FLAMBOYANT

 

Après la Roll Royce des ensembles a capella, le Chœur Apothéoses, régional de l’étape, n’en fut pas moins tout feu tout flamme, adossé qu’il était aux instrumentistes du Concert Lorrain pour ce rendez-vous à Saint-Maximin de Metz du Festival des Voix sacrées. Ce fut l’expression d’un baroquisme religieux dans toute sa splendeur. Ils avaient ciblé leur programme, sous la direction de Gabriel Baltès, sur trois compositeurs sensiblement de la même tranche de ce XVIIe siècle luxuriant : le Français Marc-Antoine Charpentier et les deux Autrichiens Schmelzer et Biber, qui ont tous été influencés par le style italianisant de l’époque. Il n’était donc pas très étonnant de leur reconnaître certaines tournures bien chantournées du moment. Et que dire des solistes chanteurs, sinon qu’ils avaient chacun une personnalité affirmée, entre le haute-contre aiguisé de Philippe Barth, le ténor chaleureux et coloré de Benoît Haller (parmi les meilleurs du genre actuellement), et la basse un peu plus inégale sur le registre de J.-S. Nicolas. Et, chose frappante, le soprano de Célia Gay, vint, au Vespeare de Biber, couronner le tout de ses élans virginaux et de ses aigus radieux. Au fait, la première fois qu’on a joué du Biber à Metz, ce fut grâce au quinton (sopranino de la famille des violes de gambe) de Janine Maingot jouant à Notre-Dame ses Sonates du Rosaire.

La pointure de l’ensemble vocalo-instrumental n’était certes pas la même mais, dès les quatre Antiennes à la Vierge de Charpentier, les interprètes adoptèrent cette scansion franche, et dégagé ce mélodisme ardent qui habitèrent chacune des pièces au menu. Au centre, Le Concert Lorrain avait inséré quelques pages du Français, pour deux dessus (violons) et basse continue (violoncelle, luth et orgue positif) jouées pareillement, avec cette aspiration ascensionnelle qui se dégageait au coeur de l’édifice à la chaude acoustique et qui fut le berceau d’Ad Artem en son temps. Et, comme pour corroborer cette homogénéité spirituelle, La Bella Pastora de Schmelzer, bien que profane, reflétait, au fil de ses variations toujours plus émerveillées, ce tour caressant et rêveur restitué par les deux violonistes, leurs archets courbes s’attachant, par leurs élancements, à créer cette atmosphère de béatitude avec la complicité du même continuo.

Georges MASSON