Disog Bergonzi

 

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Bergonzi dans Radamès

La discographie de Carlo Bergonzi est d’une extrême richesse et d’une grande qualité dès lors qu’elle fut réalisée par les plus grands labels internationaux alors en activité dans les années 1950 à 1970, Decca, Deutsche Grammophon, plus ponctuellement Philips et EMI, avec les partenaires les plus remarquables sous la conduite des plus grands chefs.

À l’occasion de l’année Verdi célébrée en 1951, la RAI, radio publique italienne, avait diffusé toute l’œuvre de Verdi et Bergonzi fut largement sollicité à cette occasion, notamment dans des œuvres alors assez méconnues telles que Simon Boccanegra. Ces bandes de radio furent, un temps, éditées par le label Cetra sous forme de microsillons mais leur distribution en l’Europe fut très aléatoire alors que nous-mêmes avons pu nous les procurer facilement, naguère, chez le grand disquaire américain Sam Goody à New York. En fait, c’est après ses premiers grands succès américains que la carrière discographique de Bergonzi démarra réellement sous l’égide de Decca avec un contrat d’exclusivité de quelques années. Il en résulta des intégrales de référence d’Aïda sous la baguette de Karajan, de La Bohème et de Butterfly sous celle du vétéran Tullio Serafin, du Ballo in Maschera avec Georg Solti. Cette dernière réalisation connut un accouchement difficile car le grand ténor suédois Jussi Björling, sollicité dans un premier temps, se brouilla avec le chef d’orchestre, quelques semaines avant sa mort prématurée, en septembre 1960. Bergonzi ne put prendre le relais que l’année suivante pour incarner le personnage de Riccardo. Ce sera un de ces meilleurs rôles, repris en studio pour RCA, quelques années plus tard, sous la direction d’Erich Leinsdorf. Le contrat avec Decca s’acheva par un des plus remarquables enregistrements de toute l’histoire de l’opéra enregistré, Don Carlo, réalisé à Londres, avec les forces du Covent Garden, en 1965, de nouveau sous la conduite de Georg Solti. Le ténor devait ensuite travailler de façon plus ponctuelle pour Deutsche Grammophon, EMI et RCA, ce qui nous vaudra, en particulier une Tosca avec Maria Callas, une seconde Butterfly dirigée par Barbirolli et un des meilleurs Rigoletto sous la conduite de Kubelik, avec Fischer-Dieskau dans le rôle-titre. Enfin, dans les années 1970, pour Phillips, l’artiste devait enregistrer la totalité des rôles de ténor présents dans l’œuvre de Verdi.

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À l’occasion du quatre-vingtième anniversaire de Carlo Bergonzi, Universal vient de réaliser un coffret intitulé The Verdi Tenor, sous étiquette Decca, avec les intégrales d’Aïda, Un Ballo in Maschera, La Traviata, Don Carlo, Rigoletto, Il Trovatore, et en prime, l’anthologie des rôles de ténor signalée précédemment ainsi qu’un très beau récital de 1957 qui couvre l’ensemble du répertoire italien avec une incursion vers l’Africaine de Meyerbeer.

Devant une telle richesse éditoriale, nous nous contenterons de rendre hommage au grand artiste disparu avec la mise en ligne de trois fragments qui nous tiennent particulièrement à cœur :

-        le duo, inégalé à ce jour, entre Don Carlo et le Marquis de Posa (interprété ici par Dietrich Fischer-Dieskau) dans la version dirigée par Georges Solti.

Don Carlo, Acte II, duo : Dio, che nell’alma infondere… 

-        le premier air de Ricardo du Ballo in Maschera sous la baguette d’Erich Leinsdorf : le ténor y est encore plus brillant que dans la première intégrale dirigée par Georg Solti.

Un Ballo in maschera, acte I, air : Di’ tu se fedele il flutto m’aspetta…

-        enfin le fameux E lucevan le stelle au troisième acte de La Tosca : il s’agit de la seconde intégrale du chef-d’œuvre de Puccini gravée avec Maria Callas, à Paris, en décembre 1964, sous la baguette de Georges Prêtre. Il est de bon ton de dénigrer cet enregistrement que l’on oppose un peu trop facilement à la grande version de 1953 conduite par Vittorio de Sabata. Si, en l’espace de douze années, la voix de la Callas s’est hélas altérée, elle n’en est pas moins très émouvante et, dans cet extrait, Bergonzi interprète le plus beau Lamento de toute l’histoire du disque avec celui de Jussi Björling.


Tosca, acte III, air : E lucevan le stelle…