D F-D et Verdi

Dietrich Fischer-Dieskau et Verdi.

 

Dietrich Fischer-Dieskau était un familier de l’œuvre de Verdi qu’il pratiqua aussi bien à la scène qu’en studio. Ses débuts correspondent à une époque où le Maître de Busseto avait, de nouveau, la faveur du public d’outre-Rhin à la suite de redécouvertes musicologiques et de programmations initiées, avant 1933, par des chefs d’orchestre tels que Fritz Busch.  Cette impulsion nouvelle,  mise en sommeil sous Hitler devait émerger, de nouveau, après 1945. En plus de compilations d’extraits chantés en allemand, Fischer-Dieskau participa à des enregistrements intégraux, en langue originale, de Macbeth (Decca), Traviata (Decca), Rigoletto (DGG) , Don Carlos (Decca) , Otello (EMI) et Falstaff (CBS Sony). Macbeth n’a pas laissé de grands souvenirs en raison de la direction terne de Gardelli et d’une Lady à bout de souffle, Elena Suliotis. Otello vaut à peine mieux en raison d’un Mac Cracken impossible dans le rôle titre. C’est dommage car le Iago de Fischer-Dieskau est plus qu’intéressant, de même que la direction de Barbirolli (dont le père avait appartenu, tout comme le jeune Toscanini, à l’orchestre de la création, à la Scala, en 1887). En revanche, Traviata, animée par Lorin Maazel, vaut le détour, notre baryton s’affranchissant sans peine du côté conventionnel du rôle de Germont-père. Il a, ici, pour partenaires, une Pilar Lorengar émouvante et un Giacomo Arragal trop rare au disque.

Nous abordons, maintenant et dans l’ordre chronologique de leur réalisation, trois enregistrements exceptionnels.

Rigoletto fut gravé, à la Scala, en 1964, sous la baguette inspirée du grand Rafaël Kubelik qui remplaçait Fricsay, disparu l’année précédente. Notre baryton y campe un bouffon atypique, d’une humanité débordante, qui déconcerta, à l’époque, de nombreux mélomanes épris d’opéra italien. La jeune Renata Scotto, dans Gilda et l’excellent Bergonzi, dans le Duc, partenaire régulier du chanteur allemand, sont exemplaires. Ce coffret fut primé à plusieurs reprises et ce Rigoletto reste une référence.


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Rigoletto, acte II : « Cortigiani, vil razza dannata… »


L’année suivante, à peine remise de l’achèvement du Ring wagnérien, l’équipe de Decca entamait, avec l'orchestre et les choeurs du Covent Garden de Londres, la première gravure absolument intégrale de Don Carlos, en fait, Don Carlo, puisqu'il s'agissait de la version en italien. Le résultat fut exceptionnel, avec une prise de son qui fit alors sensation. Georg Solti, à l'époque directeur de l'opéra londonien, s’y révélait un verdien de premier ordre avec une équipe constituée de l’élite du chant international des années 1960 : Renata Tebaldi, Grace Bumbry, Nicolaï Ghiaurov, et, enfin, ce duo idéal déjà révélé dans Rigoletto, Carlo Bergonzi dans le rôle titre face au Posa d’exception de Fischer-Dieskau. Cette intégrale n’a pas pris une ride après presque un demi-siècle,  elle reste la version de référence. Faut-il rappeler que le chanteur avait débuté sur scène, à Berlin, dans le rôle de Posa ?


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Don Carlos, acte II : duo Carlos-Posa


Enfin, en 1966, notre artiste incarnait Falstaff à l’Opéra de Vienne et un enregistrement fut réalisé en parallèle par l’équipe de CBS. Ce fut un événement de taille car la mise en scène était de Lucchino Visconti tandis que Leonard Bernstein accomplissait ses débuts dans Verdi et dans la capitale autrichienne, à la tête des Wiener Philharmoniker en état de grâce. C’était là le début d’une idylle qui devait perdurer jusqu’à la disparition du grand musicien américain. Fischer-Dieskau était, naturellement, à la hauteur des circonstances avec d’excellents partenaires tels que Rolando Panerai, Regina Resnik, Graziella Sciutti, sans oublier le ténor « di grazia » d’origine hispano-oranaise qu’était Juan Oncina, injustement oublié aujourd’hui.


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Falstaff, acte I : « L’onore…»

 

Dietrich Fischer-Dieskau servit également Verdi comme chef d’orchestre : à la tête de  l’Orchestre d’Etat de Bavière, il accompagna son épouse, la cantatrice Julia Varady, dans un récital édité, en 1995, en deux CD, par le label ORFEO.