Discographie Vickers

De 1960 aux années 1970, le grand ténor enregistra en studio, outre plusieurs récitals et une version du Messie, des versions de références de ses meilleurs rôles : Otello, de Verdi, avec Tullio Serafin (RCA), Aïda de Verdi avec Georg Solti (Decca), Fidelio de Beethoven avec Otto Klemperer puis, quelques années plus tard, avec Herbert von Karajan, Samson et Dalila de Saint-Saëns avec Georges Prêtre et Carmen de Bizet avec Rafael Frühbeck de Burgos (EMI), Les Troyens de Berlioz avec Colin Davis (Philips). Ce dernier fut tellement impressionné par la prestation de Vickers qu’il attendit trente ans pour réenregistrer l’œuvre, sur le vif, avec Ben Heppner Le ténor laisse deux incarnations de Siegmund dans La Walkyrie de Wagner, avec Erich Leinsdorf (Decca 1962) ; puis avec Karajan (Deutsche Grammophon 1966), en parallèle avec le lancement du Festival de Pâques à Salzbourg. Toujours avec Karajan, il grave Tristan, en 1972. Une décennie plus tard, à l’heure du CD, Vickers sera Peter Grimes sous la direction, de nouveau, de Colin Davis, succédant à Peters Pears dans le chef d’œuvre de Britten.

N’oublions pas pour autant les prises sur le vif : la production de 1958, au Covent Garden, de Don Carlo, dirigée par Carlo Maria Giulini (Myto ou the Royal Opera House), Medea de Cherubini avec Maria Callas (Melodram) et Parsifal de Wagner sous la baguette de Hans Knappertsbusch (Orfeo, 1964).

Faire un choix dans un corpus de cette qualité n’est pas chose aisée. La présente sélection est donc essentiellement subjective.

Commençons par évoquer ce Messie de Haendel assez particulier, gravé en 1959 dans une esthétique résolument anti-baroqueuse et très « XIX° siècle », telle que l’a souhaitée le grand chef britannique Sir Thomas Beecham.

G-F Haendel, Le Messie : air, Every valley, shall be exalted…

Nous ferons l’impasse sur le répertoire lyrique italien, tout  en nous souvenant du Radamès et des deux Otello d’exception qu’a gravés Jon Vickers,  pour privilégier ses incursions dans Beethoven, Wagner, Bizet et Berlioz.

Vickers fut un Florestan exceptionnel. Il fit partie de l’équipe choisie par Klemperer pour la production de Fidelio, dirigé et mis en scène par le vieux Maître au Covent Garen en 1961. Le label Testament a diffusé la bande radio de cette soirée. Nous lui préférons cependant, pour des raisons de prises de son, la version réalisée en studio à la même époque par Walter Legge pour EMI. Christa Ludwig y incarne Léonore.

Ludwig van Beethoven, Fidelio Acte II : air de Florestan, Gott ! Welch Dunkel hier ! 

Dans le répertoire wagnérien, le second Siegmund enregistré par l’artiste avec Karajan pour le nouveau Festival de Pâques est d’un lyrisme idéal.

Richard Wagner, Die Walküre Acte I, air de Siegmund, Winterstürme wichen dem Wonnemond...

Dans Carmen, concurremment à l'éditions en vidéo, l’album EMI de 1970, réalisé avec le tout récent Orchestre de Paris conduit par le chef espagnol Frühbeck de Burgos, retient notre attention, en dépit d’un Escamillo impossible. L’ »Air de la Fleur » fut, naguère, jugé exceptionnel par le célèbre critique et musicologue Jacques Bourgeois, un des habitués de « la Tribune des critiques de disques ».

Georges Bizet, Carmen, Acte II, air La fleur que tu m’avais jetée.. 

La version intégrale des Troyens de Berlioz, créée au Covent Garden en 1957, fut une révélation et contribua à lancer Jon Vickers, tant son Enée y était particulièrement marquant.  Cette représentation, dirigée par Rafael Kubelik, est disponible chez Testament dans un son acceptable. Douze années plus tard, en studio et conduit par Colin Davis, Vickers renouvelle le miracle avec Josephine Veasey en Didon, cet enregistrement « historique » révélant enfin, avec cent ans de retard,  le chef d’œuvre de Berlioz au monde musical.

Hector Berlioz, Les Troyens, Acte IV, duo, Nuit d’ivresse et d’extase infinie, avec Josephine Veasey