Nathalie Stutzmann 2 02 10

LE NOUVEAU PARCOURS ARTISTIQUE D'UN CONTRALTO CÉLÈBRE

Par le biais de sa résidence de trois ans à L'Arsenal de Metz, Nathalie Stutzmann semble se refaire, avec son ensemble Orfeo 55, -qu'elle a créé en ce même lieu en juin 2009-, un parcours neuf, une nouvelle virginité musicale, en accomplissant le projet artistique dont elle avait rêvé. On avait déjà souligné l'affinage et l'assouplissement de sa gestique depuis son concert du 28 novembre dernier. Elle a, aujourd'hui, assimilé ce tour de main habile, qui fait la transition entre l'orchestre à seize musiciens qu'elle dirige, et la partie vocale qu'elle assume en se retournant, sans hâte et sans lenteur, comme un liant naturel du corps, vers son public.
Et ce n'était pas facile de bien visser la double casquette du chef qui chante ! Introduisant chaque partie de sa prestation par un concerto baroque, elle débuta par le RV 156 de Vivaldi, lui imprimant de titillantes pulsions semblables à de légers coups de cœur. Elle insiste beaucoup sur les legatos instrumentaux, au rebours d'un baroque devenu quelque peu archéo. Depuis la renaissance de formations nouvelles. Elle se délecte de ses lentos rêveurs, en filigrane, qu'elle tient en suspension, et des rebondis frétillants de son final. Ce lyrisme léger en continu serait-il une des nouvelles approches du répertoire ancien ? Elle vise, en tout cas, à la réelle fusion identitaire entre le phrasé instrumental et le délié de l'expression vocale.
D'un Stabat Mater à l'autre, Nathalie Stutzmann passait de celui de Pergolèse en novembre à celui de Vivaldi (février 2010) qu'elle pratique, lui aussi, depuis longtemps. Son contralto au sombre velours y imprime un dolorisme méditatif et compassionnel, et l'expression orante qui lui est si particulière, se développe avec un réel sentiment d'empathie. Et c'est vrai que l'on retrouve, au fil de sa démarche, un certain « aimez-moi » auquel on finit par adhérer. Dans le 4e concerto de Haendel qui ouvrait la seconde partie, sa majestueuse ouverture à la française où les hautbois dominent, était quand même très proche des lectures à l'ancienne telles qu'elles ont été développées par les ensembles spécialisés. On attendait notre contralto nationale (et internationale), dans les trois extraits d'opéras haendéliens.
La noblesse d'accent des anacrouses d'orchestre introduisit le chant de la soliste dans « Amadigi », exprimant pitié et douleur, tandis que l'extrait du Rinaldo, remarquable pour sa finesse instrumentale, fut chanté comme un lamento encadrant un passage en sursaut de fureur nébuleuse. Dans Rodelinda, Nathalie Stutzmann instrumente en quelque sort son organe et réalise des acrobaties vocales dans le bas de sa tessiture, ce qui relève du même type de performance que les traits dans l'aigu. Son bis remporta tous les suffrages. Emouvant, le plus célèbre extrait de Xerses, « Ombra mai fu », (qui fera plus tard, les délices des violonistes jouant ce Largo hyménéen), était empreint d'une calme et profonde expressivité, soulevant les applaudissements de la salle.

Georges MASSON