Nathalie Stutzmann 28 novembre

Le concert du 28 novembre 2009 : les métamorphoses de Nathalie Stutzmann.


Le premier baptême du feu de Nathalie Stutzmann et de son ensemble « Orfeo 55 », remonte à juin, dans cet Arsenal de Metz qui l'accueille à nouveau et où elle y est en résidence pour trois ans. Marquant carrément sa rythmique, elle puisait alors aux sources d'un baroque qu'on avait connu aux heures de sa reviviscence, c'est-à-dire nourri de ses archets mordant le boyau, tandis qu'elle semblait brasser ses violons qu'elle avait tendance à vouloir soulever. Et la ligne de démarcation entre le chef et la cantatrice n'était par tout à fait défini.
Métamorphose six mois après ! Basta la gestique tranchée, trop appuyée, trop ponctuée. Virage à 180° ? Elle l'a affinée (comme elle l'est elle-même d'ailleurs), et adopte aujourd'hui une esthétique du geste, souple et limpide, communiquant ce balancement des bras et des mains vers ses musiciens, allégeant leurs nuances, allant jusqu'à la transparence de leurs pianissimos, musiciens auxquels elle imprime les propres legato qu'on retrouvera dans son chant, abandonnant bien évidemment les « recitativo secco » qu'on recommandait autrefois. Avec une élégance et une musicalité exemplaires.
Pergolèse sur toute la ligne. Sa Sinfonia avait des ailes. Comment Nathalie Stutzmann allait-elle concevoir le Salve Regina suivant ? Elle conduit, dos au public, son introduction instrumentale, puis se retourne pour aborder les mélismes du Largo avec toute la sérénité orante de son contralto, tandis que l'orchestre suit, derrière, sa partie, en se calant sur le tempo vers lequel elle les avait guidés auparavant. Car être conducteur et chanter à la fois, tient de l'exploit auquel, jusqu'en juin dernier, on n'avait jamais assisté, seuls, quelques solistes instrumentaux (pianistes, violonistes, flûtistes...) cumulant les deux fonctions.
A la cantate éponyme, Orfeo, c'est la Suédoise Lisa Larsson qui assumait récitatifs et airs : un soprano élancé, projeté, percutant, qui fouette superbement la note, mais qui a davantage la posture et la conception d'une artiste d'opéra que celle d'une chanteuse oratorienne.
Les choses allaient-elles se corser au célèbre Stabat Mater où l'on pouvait craindre que la voix élevée couvrît la grave dans les duos? Si, au début, la première submergea un tantinet la seconde, elles finirent par s'équilibrer et se compléter avec bonheur. Pour Nathalie Stutzmann, la tâche était périlleuse, qui devait, -tournée vers le public tout comme sa partenaire-, harmoniser leurs voix et diriger, évidemment, ses douze instrumentistes. Tour de force ? Non. Car, c'est avec beaucoup de naturel qu'elle orchestra cette sorte de calligraphie sonore, comme tirée des partitions.

Georges MASSON