L'avenir de l'Opéra-Théâtre de Metz : du passé, « faire table rase » ?

L'avenir de l'Opéra-Théâtre de Metz : du passé, « faire table rase » ?


Les rubriques «Dialogues en pays messin» parues dans «Le Républicain Lorrain»méritent bien leur nom, tant les échanges au sujet de l'avenir de l'Opéra-Théâtre de Metz Métropole ont été denses ces derniers temps. La vivacité des propos prouve, s'il en était besoin, combien l'art lyrique est vivant et toujours prisé. Mais par souci d'économie, certains lecteurs suggèrent des coupes claires dans le budget et le répertoire, en avançant trois types d'arguments: la nécessaire modernité dont dépendrait l'attractivité des spectacles ; la qualité des œuvres représentées ; la stigmatisation d'unecertaine nostalgie.
La modernité signifie-t-elle mises en scènes agressives, voire «pornographiques» comme celles présentées à Nancy pour Dom Juan ou le Rosenkavalier, ou la dernière version scénarisée du Messie, destructrice de sa dimension spirituelle? Ce type de démarche, en dehors d'un public snob prêt à applaudir n'importe quoi, fait fuir bien des mélomanes avertis, et le dévoiement de sens déroute le public néophyte. Ce qui est à la mode d'aujourd'hui sera obsolète demain: or, le propre des classiques est de transcender le temps.
A ce sujet, on ne voit pas en quoi supprimer les ballets, dans les œuvres qui en comportent, serait signe de progrès. N'y a-t-il pas une incongruité à mutiler les œuvres quand aujourd'hui on s'attache au strict respect des partitions ? C'est le rétablissement de l'instrumentation et la vocalité propres à l'opéra baroque qui lui vaut aujourd'hui un public toujours plus fervent.
La qualité est parfois délicate à décréter. On redécouvre les opéras de Lully, de Vivaldi jugés inaudibles il y a peu. Stendhal, mélomane passionné, mettait Cimarosa au dessus de Mozart, incompris tout au long du XIXème siècle. Est-il sûr, alors, qu'il faille abandonner notre riche répertoire d'opérettes et d'opéras-comiques, qui a inspiré toute l'Europe et qui ne se limite pas au seul Offenbach ? Schwarzkopf, Gedda, Domingo, Kraus ont laissé des enregistrements justement célèbres d'opérettes viennoises et de zarzuelas, alors que nous méprisons notre propre répertoire. Ce genre «lyrique léger»constitue pourtant une porte d'entrée pour des œuvres plus exigeantes.
La nostalgie fournit un grief facile contre un adversaire, faute d'argument sérieux à lui opposer. S'il s'agit de stigmatiser l'attachement à un patrimoine musical qui nous amenés de Monteverdi à Messiaen, c'est oublier que le maintenir vivant permet au public de s'ouvrir aux créations contemporaines, nationales ou étrangères.
Enfin, arguer de l'exiguïté du théâtre de Metz pour prétendre limiter son répertoire et supprimer son corps de ballet, c'est oublier les ressources d'une mise en scène inventive. Dans cette logique, a contrario, on devrait s'interdire de donner Mozart à la Bastille et garder Gluck pour le théâtre Gabriel à Versailles.
Tout cela fait penser à l'orchestration d'un requiem pour une mort annoncée, celle de notre salle lyrique, la plus ancienne de France encore en activité.
Des choix politiques se font à ses dépens. Qu'ils s'affichent franchement et qu'on évite de se défausser, par des attaques indignes, contre nos précédents édiles dont l'ancien adjoint à la culture. Grâce à leur action, l'Opéra-Théâtre de Metz n'a pas eu à rougir face à la concurrence en termes de qualité. Et remercions Daniel Vorms, fondateur et président d'honneur du Cercle lyrique de Metz de se battre pour amener un public toujours plus large à l'Opéra.
Dans le concert des critiques contre l'Opéra-Théâtre de Metz et, en particulier, contre son corps de ballet certains jouent, aujourd'hui, décidément, une bien mauvaise partition.


Danielle Pister