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Nouvel avis de tempête sur l’Opéra-Théâtre de Metz.

 

Une nouvelle tempête souffle sur l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole après celle, l’an dernier, où l’existence de son corps de ballet était menacée. C’est aujourd’hui le directeur artistique lui-même qui est en ligne de mire et auquel on ne renouvellera pas son contrat qui échoit en juillet 2011, c'est-à-dire dans quelque six mois.

Le Cercle Lyrique de Metz comme son président, ne peuvent être indifférents à ces turbulences à répétition qui n’augurent rien de bon quant à l’avenir de l’institution. Certes, la manière plutôt tortueuse avec laquelle Eric Chevalier a été informé, en révoltera certains comme elle en laissera d’autres impassibles. Et la raison insidieuse de lui mettre sur le dos la mauvaise gestion du rapprochement des deux maisons d’opéra, celle de Metz et celle de Nancy (laquelle ne l’a pas demandé), et de leurs deux orchestres (celui de la ville aux Portes d’or n’en veut pas), pour en faire un pôle lyrique et symphonique, relève du mauvais procès. Serait-on dans la fable de La Fontaine, « Les Animaux malades de la peste » ?

Sans doute, certaines réalisations et coproductions du directeur, qui est aussi metteur en scène et décorateur, n’ont-elles pas été à la hauteur de l’attente d’une frange non négligeable de spectateurs, mais il faut mettre à son actif, les incontestables réussites qui ont marqué surtout sa première période contractuelle et une partie de la seconde. De même, on peut être du côté des abonnés de longue date qui ont pu être désorientés par la manière dont ils ont été traités, par rapport à la volonté, justifiée, de rajeunissement du public.

Nonobstant, il n’en reste pas moins que la situation d’ensemble est alarmante. Et je ne suis pas seul à subodorer ce qui se pointe à l’horizon, à savoir la perspective d’une substitution de la vocation d’un Opéra-Théâtre –qui devrait être fier de son appellation- par une autre destination qui le vouerait essentiellement au théâtre parlé. Ce n’est pas que je sois contre les comédies et les drames du répertoire ni contre les pièces relevant de la création contemporaine. Mais je crains surtout que l’art lyrique en pâtisse irrémédiablement. Or, de tout temps, c'est-à-dire depuis la fondation même du théâtre, en 1752, et sans interruption de programme, cette auguste maison a judicieusement harmonisé l’art lyrique, dramatique et dansé. Or, depuis quelques années, les opérettes ont été peu à peu, réduites à leur plus simple expression (une seule cette saison) et les opéras sont plutôt considérés, hélas !, comme un produit élitiste, démodé pour ne pas dire archaïque, bien qu’on modernise à tout crin les ouvrages lyriques fondés sur des faits historiques, ce qui est une erreur, contrairement à l’actualisation de certaines œuvres du passé, à condition que l’opération soit menée intelligemment, donc réussie.

Toujours est-il que le Cercle Lyrique de Metz et moi-même, sommes très sensibles et très attentifs à la situation présente, et que nous sommes prêts à défendre bec et ongles, -et comme nous l’avons toujours défendu-, ce patrimoine lyrique inestimable qui s’échelonne sur cinq siècles et qui ne saurait se tarir. Car ce serait un crime de le faire disparaître du panorama artistique universel dont il deviendrait, pour l’heure, une sorte de victime expiatoire. Sur la Place de la Comédie ? On n’est plus au temps où la guillotine y fonctionnait !

 

Georges MASSON, président du Cercle Lyrique de Metz